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Le financement participatif en capital pour les projets culturels

Dernière mise à jour le 20 juillet 2016

Depuis 2015, les entreprises canadiennes cherchant à lever des fonds auprès du grand public peuvent le faire en cédant des parts de leur capital social grâce au financement participatif en capital. Cependant, ce moyen de financement ne convient généralement pas aux projets culturels, à moins d’œuvrer dans un domaine de haute technologie (pensons aux jeux vidéo).

Contrairement au financement participatif proposé sur des plateformes comme Kickstarter et Indiegogo, le financement participatif en capital permet d’offrir aux participants non pas des récompenses, mais plutôt des parts du capital social d’une entreprise. Au Canada, cette pratique est rigoureusement régie (voir le billet intitulé Le financement participatif en capital, province par province) afin de protéger les investisseurs.

Par définition, le financement participatif en capital s’applique aux entreprises et non aux projets directement. Le mécanisme pourrait toutefois être utilisé pour vendre des parts d’une entreprise fondée expressément aux fins de mettre en œuvre un projet tel un film ou une série télévisée.

« La structure de financement participatif s’applique à tous les secteurs confondus », explique Frédéric Letendre, avocat associé-fondateur de Yulex, un cabinet spécialisé en droit des affaires axé sur les PME. L’avocat a notamment mis en place la campagne de financement participatif en capital de l’entreprise en démarrage Ubios.

Pour Frédéric Letendre, plusieurs problèmes font toutefois du financement participatif en capital un mécanisme convenant plus ou moins à des entreprises culturelles.

Un mécanisme lourd et coûteux

« Il faut beaucoup de ressources pour mener une campagne de financement participatif en capital », juge l’avocat.

Dans le cas d’une campagne de financement participatif encadrée par la dispense pour les entreprises en démarrage, la moins exigeante des deux dispenses offertes au Canada, M<sup>e</sup> Letendre estime que l’entreprise devra fournir entre six et neuf mois de travail, notamment pour mettre le projet sur pied, faire la promotion de la campagne pendant plusieurs semaines et faire le suivi auprès des investisseurs par la suite.

« Si on tient compte des communications, des relations publiques, du marketing, du juridique, des finances, du coût du salaire des employés dédiés à ce projet et du suivi qu’il faut faire par la suite, il faut prévoir entre 10 000 $ et 25 000 $ pour mettre en place une campagne en ayant recours à cette dispense », estime l’avocat.

La dispense pour le financement participatif, qui permet d’obtenir plus d’argent, devrait quant à elle être encore plus lourde et demander encore plus de ressources au départ, ne serait-ce que pour produire les états financiers exigés.

« Pour les entreprises, il y a d’autres façons de lever plus d’argent, à moins de frais et avec moins d’efforts », rappelle M. Letendre, tout en reconnaissant que le financement participatif offre d’autres avantages, comme la visibilité qu’il procure.

Des montants élevés exigés

Une autre problème est que les montants exigés pour le financement participatif en capital sont généralement beaucoup plus élevés que ceux exigés dans le cas d’un financement participatif par récompenses.

« Il y a de beaux succès en financement participatif où les créateurs ont levé beaucoup d’argent à coups de 5 $, 10 $ ou 20 $. Cependant, si on opte pour le financement participatif en capital, il faut convaincre les gens d’investir 500 $, 1 000 $ ou 1 500 $ dans une entreprise qu’ils ne connaissent pas », précise M. Letendre.

Un faible gain pour les investisseurs

Un autre défi attend les créateurs de projets culturels : il est difficile d’espérer offrir aux investisseurs les mêmes résultats qu’une entreprise commerciale dans un secteur à forte croissance (technologie, santé, finances, etc.).

« Pourquoi achète-t-on des actions? C’est dans l’espoir qu’elles prennent de la valeur. Pour qu’on puisse réaliser un gain en capital au moment de la revente ou pour que l’entreprise devienne tellement lucrative qu’elle verse des dividendes », explique l’associé-fondateur de Yulex.

Pour Frédéric Letendre, une telle croissance est difficile à atteindre dans le cas d’un projet culturel.

Quelques exceptions possibles

Par contre, tout n’est pas perdu pour l’industrie culturelle et le financement participatif en capital.

« Je crois que ce type de financement s’applique à des entreprises pouvant enregistrer une croissance forte et rapide, comme dans le jeu vidéo, les nouveaux médias et les nouvelles technologies », estime M. Letendre.

Pour ce dernier, un studio de jeux vidéo qui jouit déjà d’une bonne communauté pourrait considérer cette forme de financement, à condition bien sûr d’avoir les moyens pour s’occuper d’une telle campagne.

Il en demeure que, pour la grande majorité des projets culturels, le financement participatif par récompenses serait à privilégier.
 

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